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ROCK'N GAUME

L'ACTU ROCK EN PROVINCE DE LUXEMBOURG

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CHRONIQUES

17/10/13 

MASCARADE

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J'AIME PAS MASCARADE

J'aime pas Mascarade, ce groupe de province qui joue du hip hop de rockers. Vendeur… Non ? Pourtant, ce ne sont que des slogans – jusqu'au titre de l'album - scandés par le duo lui-même. Et qui reflètent tellement bien l'univers du groupe qu'on les utilisera pour chroniquer Mascarade. Mais, Mascarade, c'est qui ?

"Mascarade", c'est l'anagramme de "camarades", et les camarades en question, c'est Jneb et Jibe.

Jibe a été pendant une vingtaine d'années guitariste de Marcel et son Orchestre, et Jneb, c'est toute une histoire. Si vous lisez Rock'n'Gaume depuis suffisamment longtemps, vous l'avez déjà découvert en chronique et en interview. Un artiste lillois hyper productif et touche-à-tout, qui se permet de partir, au fil de ses différents projets, dans tous les sens : rock, punk, chanson française, électro, musique du monde et maintenant, rap. Jneb accompagne (presque) toujours ses créations musicales d'un concept drôle et parfois grinçant, illustré abondamment par des dessins et clips vidéos décalés et DIY. Ses textes sont à mes yeux sa grande force : presque toujours en français, ils possèdent un humour, une simplicité et une force narratrice qui accrochent dès la première écoute et nous familiarisent très rapidement avec cet individu hors du commun.

"Groupe de province" : ça, c'est pour le fond, le discours, le concept. Si Mascarade assaisonne les autres (les jeunes, l'excellent Jacky du village, le commérage...), le duo apprécie tout autant l'autodérision et se remet, avec humour, lui même en perspective. L'un des premiers teaser, par exemple, fantasmait Mascarade en séance d'enregistrement chez Dr Dre, qui coupe court à toutes les prises car il trouve cela "à chier".  Sur l'album, ces salves autodestructrices se multiplient: en vrac, le duo se qualifie donc de "groupe de province", mais aussi de "vieux con", d'autiste ou encore de "fils de pute", ça vole dans tous les coins et on ne sait parfois pas bien jusqu'où va la part autobiographique.

Même le mot « Mascarade » est là pour amener l'idée d'un « faux » groupe de rap – ou plutôt d'un rap qui ne respecte pas les codes habituels du genre, contrant par la même occasion d'éventuelles remarques futures. Il y a, derrière cet humour, un regard critique, lucide et grinçant, sur les autres mais surtout de Mascarade sur lui-même. Le titre "Groupe de Province", par exemple, pourrait s'interpréter par la peine que Jneb éprouve à engranger un succès national alors que de notre coté, franchement, on sent que cet artiste prolifique et talentueux peut y prétendre. Plus loin sur le disque ("L'Envers du décors"), Jneb décrit aussi que son addiction à ses projets musicaux lui rend la sociabilité difficile ou encore, de manière plus légère, qu'il sent dans son quotidien une fatigue liée à son âge ("Vieux con"). Dit comme ça, ça nous fait un disque tristounet – l'un des visuels représente d'ailleurs un mec qui se pend – mais en fait pas du tout. C'est là que la qualité de parolier de Jneb intervient, parce qu'on rit beaucoup en écoutant l'album. C'est d'ailleurs là qu'on va classer la galette, dans la catégorie rap de potache, à coté de ceux de Stupeflip – parce que oui, on pense immanquablement au Crou. De nouveau, Mascarade a pris les devants : avant la critique, une référence est faite dans l'album et le duo a même concocté un mash up des deux groupes il y a quelques mois.

"Hip hop de rockers". Ça, c'est pour la forme : un mélange de genres, pas franchement inédit dans l'absolu puisque la fusion des deux styles a déjà fait ses preuves. Du rock et du hip hop, donc, mais aussi du punk et de l'électro. Pour l'occasion, on a du bon et du (un peu) moins bon. Le bon réside dans cette habileté à passer d'un style à l'autre, dans l'utilisation de plein de techniques et d'univers différents. Le duo, au sein d'un même morceau, réussit à varier les arrangements et crée ainsi des dynamiques vraiment entrainantes. C'est un vrai plus par rapport à une simple bande répétant les mêmes samples inlassablement, ça rend indéniablement le tout plus captivant et intéressant. Et puis, c'est inspiré, ça fait bouger la tête et c'est fait par de bons musiciens, ce qui ne gâche rien. Le moins bon, c'est ça et là (mais c'est rare) un rendu informatique qui sonne un peu artificiel, par exemple pour les cuivres ou les violons. C'est pas grave et c'est anecdotique, et en plus ça rentre sans doute dans le coté décalé de Mascarade. Mais le reste est tellement cool et bien foutu que mes oreilles déplorent cet aspect quelque peu bricolage. D'ailleurs, dans un autre sens, on sait au moins qu'ici tout est fait maison et qu'à la différence de beaucoup d'artistes hip hop, Mascarade ne pioche pas allégrement dans le répertoire des autres pour composer ses instrus…

Alors, "J'aime pas Mascarade" ? Et bien si, en fait, j'aime même plutôt beaucoup, si j'en juge par le nombre de fois où le disque a déjà tourné dans ma bagnole (perso, mes préférées sont "Il paraîtrait", "Jacky a dit" et "Vieux con"). Les 13 pistes ne sont pas toutes de la même qualité mais le niveau est en général franchement bon, et devrait plaire à un public éclectique. Parfois bourrin, parfois vulgaire, parfois méchant, le premier album est avant tout très drôle, et entraînant. Et donne l'envie de voir le groupe live, qui à cette occasion se décline en quatuor… A quand en Gaume ?

Leur page FB, avec pas moins de huit titres à découvrir !

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Posté par Nicolas